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  • frederique STREF

Analyse de l'enquête publiée en Aout 2021 Le Petit Journal

Merci de votre participation à notre récente enquête sur les expériences des expats et migrants français vivant en Nouvelle-Zélande en ce moment.

L'ensemble des participants, migrants français de Nouvelle-Zélande est affecté par la fermeture stricte des frontières. Il convient d'examiner les effets de ces restrictions sur notre santé mentale.

Les résultats de notre enquête montrent que 50% des résidents français en Nouvelle-Zélande savent que quitter le pays aurait un effet radical sur leur vie. En effet, le retour en Nouvelle-Zélande serait impossible, cela impliquerait donc un déménagement dans un autre pays, une perte probable d'emploi et bien d'autres changements de vie importants. Les 50% restants, seraient tenus à l’obligation de quarantaine, une expérience difficile qui entraîne des coûts psychologiques et financiers.

Comment prendre une décision face à des choix binaires aux conséquences si douloureuses ? Parmi les participants à notre étude, 71 % n'ont pas vu leur famille et leurs proches depuis deux ans ou plus. Les autres ont enduré les mêmes séparations pendant au moins 18 mois.

Les célébrations en famille sont des souvenirs importants, des anecdotes et des expériences qui font universellement partie de l'expérience familiale. Malheureusement 78% des participants ont manqué des événements familiaux importants et heureux, tels que des naissances, fin d’études et des mariages.

''Vous vous souvenez du mariage de Pierre'', ''c'était à la naissance de Paul'', ou ''quand Jacques a terminé ses études''...

Ces événements dans notre cercle familial et amical sont d'une importance capitale et sont synonymes de retrouvailles, de moments partagés entre les parents et leurs enfants, les grands-parents et leurs petits-enfants, mais aussi entre cousins... Ces célébrations nous permettent de renforcer la solidité des liens affectifs, et de prévenir l'affaiblissement des liens sociaux. Les rituels de retrouvailles, d'union, contribuent à renforcer les liens et la solidarité entre les générations.

En outre, 22% des participants ont manqué des obsèques. Ces personnes n'ont pas pu rentrer chez eux à temps pour accompagner un proche en fin de vie ou pour assister aux funérailles et aux périodes difficiles de la vie. Il est difficile de faire face à la réalité de la mort lorsqu'un proche est dans la dernière phase de sa vie. Faut-il rappeler le caractère irremplaçable des relations intergénérationnelles ? Faut-il rappeler la douleur du deuil, de la perte, comment peut-on y imposer l’isolement ?

La relation parent-enfant à l'approche de la mort est importante, c'est une relation de réciprocité et le renforcement des liens se manifeste lors d'un temps de partage de paroles échangées. C'est un échange fondamental de transmission où le passé, le présent et le futur sont liés. Depuis la nuit des temps, les êtres humains, quelle que soit la civilisation, ont organisé des rituels de rassemblement autour du défunt. (réf article sur le deuil publié précédemment). Assister à des funérailles est souvent une première étape qui permet en quelque sorte de commencer le travail de deuil car elle confronte à la réalité : observer et vivre sur place la tristesse des uns, l'indifférence des autres, mais dans tous les cas elle marque concrètement une étape dans ce processus.

Je ne suis donc pas surprise de constater que la grande majorité de la population française résidant en Nouvelle-Zélande souffre d'un ou plusieurs symptômes de lassitude constante 32%, susceptibilité exacerbée 26%, apathie générale 21%. Les affections telles que troubles du sommeil, suractivité, épuisement, ainsi que les troubles des comportements addictifs tels que la consommation d'alcool, de nourriture ou le shopping concernent 43%.

Car oui, nous sommes dans une prison, dorée peut-être 48%, mais une prison quand même.

Se posent alors des questions importantes auxquelles nous aimerions répondre, pour prendre des décisions qui maintiennent l'illusion du contrôle de notre vie. Nous envisageons de faire des changements radicaux, comme retourner dans notre pays d'origine pour 55%, changer d’orientation de carrières 30% ou divorcer 6%.

Le niveau de stress très élevé auquel nous sommes soumis depuis des mois amène notre corps à se replier sur des modes de survie biologique qui exigent un surcroît d'énergie et épuisent notre système nerveux.

Le premier confinement a fondamentalement interrompu notre vie quotidienne. Il a créé un stress d'abord aigu, puis chronique car il a perturbé́ nos organisations de manière durable. Il a bouleversé nos habitudes de travail, nos interactions sociales et nos loisirs. Chacun a dû s'adapter à de nouvelles contraintes et ces modifications ont déjà eu un impact durable sur notre équilibre.

Nous avons tous intégrés depuis plusieurs années le terme de « trauma » dans notre langage pour faire référence à un évènement soudain, violent, choquant qui nous met dans un état de stupéfaction (accident de voiture, maladie, licenciement, divorce, déménagement … ) et les professionnels de santé ont été formés à intervenir en cas de crise, soit immédiatement , soit progressivement sûr du moyen et long terme. Ce que nous vivons aujourd’hui, va bien au-delà, cette situation sans précèdent s’apparente aux « trauma complexe », dans ce que nous pouvons en dire maintenant, les mesures drastiques immédiates nous laissant imaginer qu’un énorme danger est imminent et que nous allions mourir dans l’heure si nous prenons le risque de saluer notre voisin … quant au stress lié avec l’isolement s’ajoute le phénomène de « peur pandémique » qui arrive au moment où je rédige cette conclusion à Auckland, mais bien sûr en analyse les conséquences seront évaluées après coup et d’ici quelques années nous nommerons ce phénomène et ses impacts psychologiques, psychiatriques et physiologiques de façon plus précise .

Nous sommes tous devenus blessés de la vie et du contexte actuel.

Une expérience traumatique n’est pas synonyme de vie brisée pour chacun d’entre nous et heureusement, néanmoins nous sommes tous affectés et plus ou moins marqués par cette mésaventure.

L’impact psychologique de la situation ainsi que ses conséquences sur la santé mentale augmentent et s’aggravent avec son prolongement. Les répercussions d’une telle épreuve peuvent être sévères.

Il apparait nécessaire de trouver des stratégies pour atténuer le fardeau mental de ces mesures. Il n’est pas simple de mettre en mots ses pensées en réactivant les éléments de son histoire. Mais, peu à peu, à force de revenir sur ce qui fait traces, en s’entendant dire, d’autres chemins se dessinent. Alors, on le sent, on le vit : le langage, qui nous aliène, cède peu à peu sa place à la parole qui libère.

Pour clôturer sur une note positive malgré tout, car finalement le soleil brille et le printemps revient, il est important de souligner les capacités d’adaptation dont certains font preuve en faisant plus de sport 40%, en reprenant une activité culturelle 16%, en faisant appel à des professionnels pour oser demander de l’aide 11%. Oui, bravo d’agir, de réagir tant que vous en avez encore la force. La nostalgie, la mélancolie, le désespoir 52% s’installent de façon subtile et l’on s’imagine, que ça passera, que ce n’est pas grave 29%, qu’il ne faut pas se laisser aller, qu’un changement de look aidera à supporter 25%, et oui certainement, de façon très ponctuelle.

Permettez-moi de vous inviter de manière insistante, voire urgente à considérer la situation dans toute sa gravite, même si cela est pénible, semble ridicule (puisque de toutes façons on subit donc on ne peut rien faire…).

On a souvent envie de mettre les choses qui dérangent sous le tapis, de faire le dos rond, ou de s’accrocher à des illusions, mais il existe aussi la possibilité de se poser et de laisser libre cours à son récit individuel pour déposer son fardeau dans un lieu prévu à cet effet.

Bien sûr de par mes expériences et choix de prédilection, je vais principalement mettre l’accent sur la nécessite de parler, nous sommes des êtres de langage, nous sommes parlés avant de parler, « des parlêtres » pour citer Jacques Lacan. Une chose est sûre : être invité à parler, raconter, questionner, associer, élaborer, oui, finalement, ça change tout !





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